URINE
ET EXCRÉMENTS

"L'urine est dans les auteurs
un sujet considérable non
seulement de spéculations théoriques, mais encore
d'observations religieuses. On y a fait des distinctions
méthodiques. Celle des eunuques est, dit-on, bonne pour rendre
les femmes fécondes. Parmi les remèdes tirés de
l'urine dont on peut parler honnêtement, celle des enfants
impubères est souveraine centre la bave de l'aspic ptyas, ainsi
nommé parce qu'il lance, comme en crachant, son venin dans les
yeux des hommes. Elle l'est aussi contre l'aibuco, les taches, les
taies, l'argema, les maladies des paupières; contre les
brûlures, avec la farine d'ers; contre la suppuration des
oreilles et les petits vers qui s'y engendrent, bouillie jusqu'à
réduction de moitié avec une tête de poireau dans
un vase de terre neuf. La vapeur de cette décoction est encore
emménagogue." (1)
“ On sait que l’urine
d’homme nouvellement rendue, étant bue et
appliquée extérieurement, soulage beaucoup les
goutteux, et en guérit quelques-uns, qu’elle
empêche les vapeurs en levant les obstructions, et qu’elle
purge par le ventre; mais entre toutes les urines, il paraît que
celle
des animaux qui paissent l’herbe ou qui en font leur nourriture
doit être préférée pour sa santé,
puisque c’est proprement un extrait des parties salines les
meilleures et les plus salutaires des plantes que ces animaux ont
mangées. Je crois donc que les urines de tous les bestiaux
auraient beaucoup de bonnes qualités pour les maladies, mais on
s’est particulièrement attaché à celle de la
vache, parce que cet animal étant fort humide, assez
mélancolique et pacifique, l’on a cru que son urine
participerait de son tempérament, et qu’elle aurait moins
d’âcreté que les autres.
L’usage de l’urine de
vache pour les maladies n’est pas si nouveau qu’on
se l’imagine en France. Les Allemands s’en sont servi il y
a très longtemps. Les médecins de Strasbourg l’ont
renouvelée depuis quelques années, et nous l’avons
prise d’eux.
Comme le nom d’urine de vache donne aux malades une idée
sale et dégoûtante, on lui en a donné un plus
agréable et plus spécieux. On l’appelle Eau de
mille fleurs. Ce nom avait été adapté auparavant
à la fiente de vache distillée, à cause que les
vaches broutent un grand nombre d’espèces de fleurs des
champs.
Le choix de l’urine de vache n’est pas indifférent:
celle qui vient d’une vache paissante vaut mieux que celle
d’une vache qu’on nourrit à la ville [...]
La vache dont on reçoit l’urine doit être
plutôt jeune et grasse que vieille et maigre. La couleur de son
poil est entièrement indifférente.
La saison la plus convenables pour boire de l’urine de vache est
au printemps, pendant que les bestiaux mangent la pointe de
l’herbe, mais on en prend aussi en automne. Le bon usage de cette
urine est d’en boire chaque matin à jeun deux ou trois
verres à un quart d’heure l’un de l’autre,
après l’avoir passée par un linge, de se promener
ensuite, et d’avaler un bouillon deux heures après le
dernier verre.
Ce remède est un hydragogue, il purge beaucoup les
sérosités par le ventre et par les urines. On continue
à en prendre huit ou dix jours, ou plus longtemps si l’on
en a besoin. [...]
Les maladies pour lesquelles je me suis servi de l’urine de vache
sont la jaunisse, les rhumatismes, la goutte, l’hydropisie, les
vapeurs, la sciatique, l’asthme.
Quand le malade peut être transporté, il est bien à
propos qu’il aille à la campagne pour prendre ce
remède, parce que l’urine lui est apportée plus
naturelle et plus nouvelle." (2)

"La crotte ou l'excrément de
chien, connu plus communément dans les boutiques des
Apothicaires, sous le nom de album
grecum, album canis, se prépare, selon la
Pharmacopée de Paris, de la manière suivante:
Prenez de la crotte d'un chien nourri d'os, autant que vous voudrez,
faites-la sécher, et la réduisez en poudre fine sur le
porphyre, avec l'eau distillée de bursa pastoralis, et formez-en
de petits trochisques*.[...]
Plusieurs auteurs, et entre autres Etmuller, ont donné beaucoup
de propriétés à l'album
grecum; ils l'ont célébré comme
étant sudorifique, atténuant, fébrifuge,
vulnéraire, émollient, hydragogue, spécifique dans
les écrouelles, l'angine, et toutes les maladies du gosier,
employé tant extérieurement qu'intérieurement,
etc. On ne s'en sert guère parmi nous que dans les angines; on
le mêle dans ce cas à la dose d'un demi-gros ou d'un gros,
dans un gargarisme approprié." (3)
"Les auteurs de Chimie et Médecine médicale, disent que la fiente de pigeon est
éminemment vitreuse ; Porellus conclut de cette observation, que
cette fiente prise intérieurement, est un très bon
diurétique contre l’hydropisie; cette même fiente
est vantée contre la pleurésie, à la
guérison de laquelle le nitre parait aussi très propre.
La fiente de pigeon est aussi recommandée contre la suppression
des règles. Ces vertus ne paraissent pas avoir été
attribuées à la fiente de pigeon aussi
légèrement que celles qu’on a attribuées
dans les livres à beaucoup de matières semblables; ce
remède paraît au contraire mériter
d’être
tenté dans ces divers cas.
Dioscoride, Gallien, Pline et plusieurs auteurs modernes recommandent
aussi l’usage extérieur de la fiente de pigeon, à
laquelles ils accordent une purifiante vertu discussive,
résolutive, répercussive, cicatrisante, etc." (3)
"Si la matrice pèse sur les aines et s'y fixe, prendre des crottes de chèvre et du poil
de lièvre, mouiller avec de l'huile de phoque, et administrer en
fumigation.[...]
Fumigations pour ranimer la matrice: bouse
de vache pulvérisée et vinaigre, de chaque une
demie, farine d'ers dans de l'eau de mer ou de l'eau simple, faire une
fumigation semblable, la fumigation sera douce" (4)
"Il est avantageux dans la cataracte de faire des frictions avec les excréments du loup. La cendre
de ces mêmes excréments avec du miel attique est bonne en
onctions pour la vue trouble
La fiente de boeuf
guérit l'éruption appelée boa du nom du
remède qu'on emploie.
On fait sortir les épines et autres corps étrangers par
les excréments de chat,
par la crotte de chèvre
dans du vin
Pour les gonflements de la matrice, il est avantageux d'employer en
topique la fiente de sanglier ou de
porc, avec de l'huile; cette même fiente
séchée et en poudre, mise dans la boisson, dissipe encore
mieux ces flatuosités, quand même les femmes
affectées seraient grosses ou en couche.
Les boeufs dans l'île de Chypre se guérissent des
tranchées en mangeant des excréments
humains." (1)
"Si, malgré tous les efforts pour couper une hémorragie
utérine, on n'y parvient pas, faites ce qui suit:
Munissez-vous de trois morceaux de fumier
d'âne tout juste excrété, enveloppez-les
dans un tissu et mettez-les à bouillir dans un récipient
avec de l'eau; battez bien, pour que le fumier soit dissous; ensuite,
tamisez-le et donnez-en à la malade par tasse toutes les cinq
minutes, jusqu'à couper l'hémorragie. (5)
LE SANG

"
On fera nourrir à la maison un chevreau avec la pimprenelle, le
persil, la mauve, la saxifrage; on lui ouvrira les artères, et on ramassera le sang qui en découlera; on
le laissera rasseoir; on en séparera la sérosité,
et ensuite on le fera sécher au soleil, ou à une chaleur
douce de feu.
Ses vertus sont d'être sudorifique, alexipharmaque**; on
l'ordonne dans la pleurésie, à la dose d'un scrupule.
" (3)
Eau contre la peste: "Coupe la gorge à un jeune porc nouvellement
châtré, et mets le sang
dans un pot neuf. Emouve-le assez longtemps avec un bâton de
rouge genièvre. Mets-y maintenant des raclures du bâton
même et vingt-cinq grains de genièvre rouge. Tu
mélanges le tout avec des herbes sèches, de la rue, de la
valériane, de la véronique, tu ajoutes deux onces de
thériaque. Tu distilles le tout, le mets dans un vaisseau
où tu pourras conserver cette liqueur pendant vingt ans" (6)
"[le bouc]:son sang,
principalement celui qui a été tiré de ses
testicules, ayant été séché au soleil, est
bon pour résister au venin, pour exciter les sueurs, les urines
et les mois aux femmes, pour la pleurésie, pour dissoudre le
sang caillé, et pour la pierre. (7)
"Le sang de pigeon, tout
récent et encore tiède adoucit les âcretés
des yeux et guérit les plaies nouvellement faites; on
préfère celui du pigeon mâle qui a
été tiré de dessous l'aile, comme étant le
plus spiritueux" (7)
"Les épileptiques boivent le
sang des gladiateurs, sorte de coupes vivantes. Quoi ! on ne
peut sans horreur voir les bêtes féroces en faire autant
dans la même arène; et ces malades; regardent comme
très efficace de recueillir sur l'homme même, et de la
plaie béante, le sang chaud, fumant, et pour ainsi dire la vie
elle-même, tandis qu'on regarderait comme une monstruosité
d'approcher une bouche humaine de la plaie saignante d'une bête
farouche !" (1)
"Le sang de l'homme même,
de quelque partie qu'il sorte, est un topique très efficace pour
l'angine, au dire d'Orphée et d'Archélaüs; et,
appliqué sur la bouche de ceux qui viennent de tomber
d'épilepsie, il les fait se relever aussi tôt. Suivant
d'autres, pour l'épilepsie il faut piquer les gros orteils et
mettre au visage quelques gouttes de sang qui sort, ou bien qu'une
vierge touche le malade du pouce droit; d'où ils conjecturent
que dans cette maladie il faut user de la chair d'animaux vierges." (1)
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*Trochisque =
préparation pharmaceutique médicamenteuse en forme de
tablette
** Alexipharmaque: se dit des remèdes que l'on
croyait propres à expulser du corps les principes morbifiques,
ou à prévenir l'effet des poisons pris à
l'intérieur
(définitions tirés de: Trésor
de la langue française informatisé)
Sources:
(1) Histoire naturelle Pline l'Ancien,
traduction de Emile Littré (1848)
(2) Histoire de
l’Académie royale des sciences 1708
(3) Encyclopédie de Diderot
et d'Alembert
(4) Œuvres
complètes de Hippocrate. Emile Littré
(5) Victor Manuel Gomez Rodriguez (alias Samuel Aun Weor) ,
"maître" du mouvement gnostique - fin du 20ème
siècle - (ce n'est pas
une erreur de frappe, le texte est postérieur à 1970)
(6) Gesner Conrad, Trésor de Evonime Philiatre de
remèdes secrets nécessaires à toutes gens,
principalement à médecins, chirurgiens et apothicaires,
Lyon, Arnoullet, 1555
(7) La nouvelle maison
rustique, 1755
images:
Manneken Pis, Bruxelles
Caïn, de Henri Vidal
Jardin des Tuileries Paris
Le vampire, Edvard Munch 1893