Mesmer et le magnétisme:
« J’ai obtenu la guérison d’une
mélancolie vaporeuse avec vomissement spasmodique; de plusieurs
obstructions invétérées à la rate, au foie
et au mésentère, d’une goutte sereine imparfaite,
au degré d’empêcher la malade de se conduire seule;
d’une paralysie générale avec tremblement, qui
donnait au malade âgé de quarante ans, toutes les
apparences de la vieillesse et de l’ivresse; cette maladie
était la suite d’une gelure; elle avait été
aggravée par les effets d’une fièvre putride et
maligne, dont ce malade avait été attaqué en
Amérique. J’ai encore obtenu le même succès
sur une paralysie absolue des jambes; sur un vomissement habituel qui
réduisait la malade à l’état de marasme; sur
une cachexie scrofuleuse; et enfin sur une
dégénération générale des organes de
la transpiration » (3)
Pour
rentabiliser les soins, Mesmer conçoit un baquet :
« au milieu d’une vaste salle, doucement
éclairée par un demi-jour, voyez-vous plusieurs personnes
assises autour d’une table ronde qui forme le couvercle
d’une caisse circulaire faite de bois de chêne,
élevée d’un pied et demi et ayant six pieds de
diamètre ? Cette caisse ou cette cuve est ce qu’on nomme
le baquet. Il est rempli d’eau jusqu’à une certaine
hauteur et contient au fond un mélange de verre pilé et
de limaille de fer ! Sur ces matières, reposent des bouteilles
remplies d’eau, et rangées symétriquement de telle
sorte que tous les goulots convergent vers le centre ; d’autres
bouteilles, disposées en sens opposé, partent du centre
et rayonnent jusqu’à la circonférence. Voilà
ce que cache habituellement le couvercle du baquet, autour duquel les
malades sont assis dans le recueillement d’une foi profonde.
Quand le baquet est à sec, ce qui peut être une variante
accidentelle du mystère magnétique, ce sont les
mêmes dispositions intérieures et les mêmes
ingrédients, à l’eau près. Enfin pour
augmenter l’intensité des effets attendus, on a souvent
muni le baquet de plusieurs lits de bouteilles superposées, mais
en observant toujours la double symétrie des goulots convergents
et des goulots divergents, condition fondamentale !
Ce couvercle est percé de trous par lesquels sortent,
d’espace en espace, des baguettes de verre ou de fer, mobiles et
coudées, dont une extrémité plonge dans
l’eau, et l’autre extrémité, terminée
en pointe, se dirige et s’applique sur le corps des malades.
Ceux-ci formant quelquefois plusieurs rangs, ou pour mieux dire,
plusieurs cercles concentriques autour du baquet, les baguettes sont
plus ou moins longues, afin que tous, d’un peu plus près
ou d’un peu plus loin, puissent pomper en même temps et par
une voie également directe, dans le réservoir de vie.
C’est qu’en effet le baquet, préparé comme
nous l’avons dit, est le bassin où se condense le
magnétisme animal, le fluide vital par excellence, et qui
tendant à s’équilibrer par le rayonnement, va
bientôt s’épancher dans tous ces corps malades en
émanations salutaires et fortifiantes. D’où vient
pourtant ce fluide accumulé dans le baquet et qui doit venir
circuler de là dans le corps des malades ? Ni les adeptes, ni le
maître n’ont jamais pu, hélas ! répondre
clairement à cette question, bien simple, mais bien essentiel.
[...]
Une longue corde partant du baquet vient enlacer d’un pli chaque
malade sans le serrer, et établir entre eux la communication
magnétique. Mesmer prétend que par cette corde, le
fluide, après avoir pénétré dans le corps
des malades, retournera au réservoir pour en ressortir et y
rentrer indéfiniment sans déperdition. Par elle aussi et
surtout, le fluide jusqu’à présent inerte ou
à peu près, va se mettre en mouvement. Cette corde est
une chaîne conductrice, mais dont il faut que le
magnétiseur soit lui-même un chaînon «
Alors, dit un des premiers et un des plus fameux disciples de Mesmer,
il n’y a plus d’imagination qui tienne ; elle a beau faire
pour ou contre, elle ne peut pas plus empêcher
l’électricité animale de se produire, que nous ne
pouvons empêcher l’électricité artificielle
de s’étendre également sur un conducteur
quelconque. » [...]
Mesmer préside à toutes ces scènes, il en
règle les variations et les progrès ; mais là ne
se borne pas son action. Soit que, retiré et assis dans un coin
de la salle, il fasse entendre les sons pénétrants et
suave de son harmonica; soit que, debout et éblouissant dans son
habit lilas et son jabot de Malines, il promène sur ses sujets
des regards fascinateurs; soit qu’il circule à pas
mesurés autour du baquet magique, distribuant des secours
à qui en a besoin, présentant à celui-ci la pointe
de sa baguette, à celui-là ses doigts pour activer le
mouvement d’un fluide trop paresseux, non seulement il est
l’enchanteur suprême qui distribue le charme, mais il prend
de sa personne une part active, et la plus grande part à
l’œuvre de l’enchantement. C’est par lui que
l’action du drame va bientôt monter à son
zénith et que s’accomplira le grand mystère du
magnétisme animal. » (4)
TRANSFERT
DE SA MALADIE
Pour faire passer la fièvre, l'hydropisie ou toute autre maladie
du corps d'un homme dans le corps d'un arbre (chêne ou saule de
préférence), "vous enlevez un morceau de l'écorce,
vous y faites un trou avec une tarière, et vous mettez dans ce
trou de l'urine ou des cheveux de la personne malade; ensuite vous
replacez l'écorce de manière à couvrir le tout, et
la maladie passe du corps de la personne dans celui du chêne.
Rien de plus facile." (5)