SALPETRE
9 nivôse
Le salpêtre, efflorescence de nitrate de potassium, était
très recherché il servait surtout à la fabrication
de poudre explosive, d'où le monopole d'Etat qui en a
réglementé la récolte et la vente jusqu'en 1819.
Mais il servait aussi pour la conservation des viandes, et trouvera par
la suite un usage comme engrais agricole ou dans la métallurgie
pour l'oxydation des métaux.
"Le nitre ou salpètre est un sel fossile salé,
composé d’un sel acide et d’une terre absorbante; il
est amer, frais sous la langue, âcre, et il fuse sur le
charbon.... Il y en a beaucoup dans l’air et il s’attache
aux corps qui sont capables de le recevoir, principalement au
plâtre des vieilles murailles, aux terres et pierres des masures,
cavernes et caves, aux étables, colombiers et autres lieux
empreints des exhalaisons des animaux terrestres.
Pour en avoir, on entasse quantité de ces matières,
principalement des plâtres, on les pile grossièrement puis
on les met dans des muids dont le fond est percé de plusieurs
trous, et couvert de cendre de bois neuf, jusqu’au quart du
vaisseau; on y verse, à plusieurs reprises, de l’eau qui
dissout le sel, et l’entraîne avec elle dans des baquets
qui sont en dessous; ou bien on frotte seulement les plâtres dans
de l’eau chaude, pour en dissoudre les sels, et on coule cette
dissolution. On jette ensuite l’eau imprégnée de
ces sels sur de la cendre commune, pour en faire une lessive et
dégraisser les sels; on passe et repasse plusieurs fois la
liqueur sur les mêmes cendres; et quand elle est claire, on la
fait évaporer et cristalliser. Pour cela, on met par exemple,
dix ou douze livres de salpêtre à la fois dans une
quantité d’eau proportionnée, car s’il y en
avait trop, le sel serait trop affabli et ne pourrait se coaguler; et
si, au contraire, il restait trop peu d’eau, les cristaux
seraient confus. Pour les faire beaux, on fait bouillir le
salpêtre et l’eau dans un vaisseau de terre sur un feu
médiocre, continuel et égal, jusqu’à ce
qu’elle soit réduite à un peu moins du quart; puis
on retire le vaisseau du feu, lorsqu’on voit paraître une
pellicule sur la liqueur; ce qui est une marque qu’il y reste un
peu moins d’humidité qu’il n’en faut pour
tenir le sel dissous: alors on transporte doucement le vaisseau dans un
lieu frais, l’agitant le moins qu’on peut, et le lendemain,
on y trouve des cristaux qu’on sépare de la liqueur et
qu’on fait sécher. On met évaporer derechef tout le
reste de la liqueur, on la laisse refroidir au frais, comme la
première fois, et il s’y fait de nouveaux cristaux. On
réitère ces évaporations et ces cristallisations
jusqu’à ce qu’on ait tiré tout le
salpètre; celui des dernières cristallisations est un sel
blanc, semblable à un sel marin; il est bon de le mettre
à part pour s’en servir en assaisonnement; les premiers
cristaux sont le salpètre raffiné.
On peut aussi purifier le salpètre en le faisant bouillir dans
de l’eau qu’on écume, et où on jette du
vitriol et de l’alun en poudre.
Le salpètre qu’on trouve attaché en petits cristaux
ou fleurs salées, à des murailles ou à des
rochers, s’appelle salpètre de houssage, parce qu’on
le ramasse en le houssant avec des balais; c’est le meilleur pour
faire de l’eau forte.
Usages:
1°) Le nitre est d’un grand usage dans la chimie et dans la
médecine; on en fait le cristal minéral, le sel
polychreste, l’eau forte, l’esprit de nitre, qui est la
meilleure de toutes les eaux fortes pour dissoudre les métaux.
On l’emploie pour rafraîchir, pour exciter l’urine,
pour éteindre les ardeurs du sang, chasser la pierre, etc.
2°) Pour saler le saumon et les bons jambons; pour hâter
considérablement toutes sortes de végétations. La
plus grande consommation du salpêtre se fait dans les arsenaux
pour la poudre à canon.”
Sources
Illustration:
préparation du salpètre,
(http://www.speerpyro.de/Geschichte/FL9.html)
Texte: La nouvelle maison rustique, an XII