
Celle-ci et la ferme Ducerf, menacées, son
épargnées, grâce au vent qui souffle dans la
direction de Paray.
Mercredi 30 août - A 11 heures 30, tonne la plus grande explosion
(20.000 kilos) effectuée pour faire sauter la piste. Les
vitraux de l’église de Saint Germain des Rives, du
côté sud, sont détruits par la force de la
déflagration. En deux jours, anéantissement d’un
travail de deux ans.
Jeudi 31 août - A 10 heures du matin, les F.F.I. lancent une
attaque du côté de Marcigny. On a décidé de
prendre le bourg par assaut. Les Allemands, bien armés
répondent avec des mitrailleuses jumelées et des
mortiers. Le bourg est barricadé et fermé à ceux
qui habitent entre les barricades. On peut entrer, mais ne plus sortir.
Les Allemands, au nombre de 400, sont encadrés par des S.S.
(troupes d’assaut). Le commandant de la formation des S.S. (S.S
Hauptsturmführer) est connu et craint pour sa brutalité.
Vers 18 heures, les F.F.I. doivent se décrocher en raison de
l’inégalité des forces, mais surtout en
considération de la population civils enfermée.
C’est partie remise. Le soir, les Allemands reçoivent des
renforts de Digoin ; ils sont au moins 2.000.
Vendredi 1er septembre - Les F.F.I. sont renforcés par une
section de la Garde mobile de Vichy qui attaque avec violence vers 7
heures du soir. On attend d’autres renforts pour
déclencher l’assaut final qui doit avoir lieu, dit-on, le
mercredi ou le jeudi de la semaine suivante.
Lundi 4 septembre - Vers midi, on note un grand remue-ménage
dans le bourg, isolé de l’extérieur. Un incendie
formidable se déclare au milieu de l’agglomération.
Les bureaux de la Bauleitung brûlent. C’est évident
cette fois : les Allemands se préparent au départ. Ils
quittent Saint-Yan entre 8 et 9 heures du soir, entassés dans
des camions.
Le pays est libéré.
Mais, c’est alors que les bouches, fermées
jusqu’à maintenant, commencent à
révéler d’horribles choses; les Allemands ont
fusillé, dans la soirée de jeudi 12 otages, pris de
préférence parmi les gens qui, ne se doutant de rien,
avaient cherché à traverser le bourg. Parmi ces
infortunés se trouvait M. Ravier Jean Louis,
d’Anzy-le-Duc, âgé de 41 ans, arrivant du chevet de
sa femme qui venait d’être mère et rentrant à
son foyer.
Un autre cas bien tragique, est celui de la famille Aubret. Le fils,
Antoine-Jean Aubret, domicilié route de Marcigny, se hasardait
le jeudi, dans le bourg, pour acheter du pain. On l’arrête.
On le fusille avec les otages.
Le lendemain, M. Aubret père, âgé de 65 ans,
mutilé de l’autre guerre, et domicilié à
l’Hôpital-le Mercier, inquiet de l’absence de son
fils, se traîne au bourg sur ses béquilles d’infirme
pour avoir des nouvelles. Il ne devait pas rentrer ; on le fusilla sans
pitié le vendredi et on «l’enfouit» au lieu
même de son supplice, devant le parapet du réservoir
d’essence, tout auprès du pont de Marcigny.
Le même soir, après l’attaque
déclenchée par la Garde Mobile, les Boches blessent
gravement le peintre Marck Edouard, domicilié à Paris,
à l’entrée de la prison où ils gardaient
encore quatre otages. Ce dernier vient d’être
retrouvé « enfoui » lui aussi, au pied d’un
arbre, sur la place.
A la nuit tombante, trois maisons brûlèrent sur la route
de Marcigny. On accusait les habitants d’avoir abrité le
Maquis.
Le samedi, calme relatif, mais dans l’après-midi, une
fumée s’élève, annonçant un nouvel
incendie. Deux maisons brûlent dont une occupée par une
octogénaire, le veuve Frérejean. On l’a vue sortir
de sa maison emportant ses effets... depuis, on restait sans
nouvelles... On la croyait réfugiée auprès de
famillles amies. Mais le mardi matin, après le départ des
Allemands, on devait la trouver complètement calcinée
dans sa maison brûlée. Des voisins attestent qu’ils
ont entendu des cris et, peu après, un coup de revolver. Pas de
doute, on a jeté la malheureuse dans les flammes de sa propre
maison .
Saint-Yan pleure donc quatorze victimes de la cruauté allemande,
dont six de la contrée :
Antoine-Jean Aubret, fils, 29 ans, de Saint-Yan ; veuve
Frèrejean, 89 ans, de Saint-Yan ; Antoine-Jean Aubret,
père, 65 ans, de L’Hôpital-le-Mercier ; Jean Louis
Ravier, 41 ans, d’Anzy-Duc ; Jean Mathieu, 30 ans, de
Varenne-Reuillon ; Claudius Martinent, 38 ans, de Paray-le-Monial ;
Francis Grange, 31 ans, de Digoin.
Les autres victimes sont pour la plupart des étrangers venus
s’installer dans la contrée afin de travailler au camp. Ce
sont :
Deux Italiens : Virginio Lorenzini, 33 ans ; Diego Martinez 45 ans.